jeudi 26 juin 2008
Les Raisonnements fallacieux
Je termine par une table des matières et l'énumération de quelques sources parmi lesquelles je recommande particulièrement l'ouvrage de Norton qui offre une plongée fascinante dans la nature même du raisonnement logique.
TABLE DES MATIÈRES
1. Introduction et tromperies verbales
2. Non causa pro causa
3. Appels à l'autorité
4. Arguments ad hominem
5. Appels à l'émotion
6. Digressions
7. Généralisations invalides
8. Erreurs de logique
9. Subjectivismes etc.
SOURCES
Aristotle, De Sophistici Elenchi.
Baillargeon, Normand. Petit Cours d'autodéfense intellectuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.
Kelley, David. The Art of Reasoning. W.W. Norton: New York, 1998.
Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déductive et inductive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.
Schopenhauer, Arthur. The Art of Controversy
www.nizkor.org
wikipedia
lundi 23 juin 2008
Les Raisonnements fallacieux (9)
où la seule chose qui compte finalement, c'est d'imposer ses idées...
I1. Subjectivisme
L'exemple parfait du subjectivisme est incarné par Martin Luther King lorsqu'il s'écrie : « Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes que tous les hommes sont créés égaux ». Pris dans la ferveur, nous pouvons oublier que le Ku Klux Klan pourrait s'écrier tout aussi subjectivement : « Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes que certaines races sont supérieurs à d'autres. »
Bref, le subjectivisme est désarmant de naïveté et ne prêche que les convaincus ou les personnes dénuées de tout esprit critique.
Deux subjectivismes particuliers ont été définis : celui du psychologue (Psychologist's fallacy) et celui de l'historien (Historian's fallacy). Le premier consiste à penser que le sujet réagira à un stimulus de la même façon que l'observateur : « Il sursautera dès que l'image du serpent apparaîtra. »
Le subjectivisme de l'historien est analogue. Il consiste à penser que les décideurs du passé disposaient des mêmes informations et de la même perspective que l'historien actuel : « Napoléon a été idiot de se lancer dans cette bataille! » Le subjectivisme de l'historien est proche du déterminisme rétrospectif que peut revêtir le Post hoc ergo propter hoc.
I2. Appel à l'ignorance (Argumentum ad ignorantiam)
Ici, le subjectivisme s'engouffre dans l'impossibilité que l'on a de déterminer une valeur de crédibilité aux prémisses.
« Ce n'était ni un avion ni un hélicoptère, c'était donc une soucoupe volante! »
I3. Raison par forfait (Argumentum ad nauseam, Argumentum verbosium)
Au manque de références de l'appel à l'ignorance s'oppose la masse impraticable de références de la raison par forfait :
« Votre avis aura du crédit quand vous aurez étudié comme moi l'intégralité des traductions des oeuvres de Shakespeare et leurs variantes dans leurs éditions successives. »
I4. Argumentum a silentio
L'argumentum a silencio consiste à déduire l'ignorance d'une personne de son silence. C'est très tentant, je sais...
« Comment s'appelle l'oiseleur de la Flûte enchantée?
- Je le sais mais je ne veux pas le dire.
- Tu ne le sais pas, tout simplement! »
I5. Argumentum ad logicam
Argument affirmant que si un argument est fallacieux, sa conclusion doit être fausse.
« Vous me dites que Dieu existe sur seule base des affirmations de la Bible. C'est bien la preuve de Dieu n'existe pas! »
I6. Pensée magique
La simple volonté prend ici valeur de prémisse. Ici, l'argumentation n'offre guère de prise à une réfutation utile. Nous sommes proches de la prière...
« Je n'ai jamais eu d'accident mortel, ce n'est pas ce soir que j'en aurai un! »
I7. Plurium interrogationum
Il s'agit d'une question chargée de prémisses non démontrées, ou orientant la réponse. La seule façon de s'en sortir est de recadrer la question.
« Frappez-vous encore votre femme? »
I8. Caricature (Strawman)
Tromperie fondée sur une représentation déformée de l'argument de l'adversaire.
« - J'estime que la nudité pourrait être autorisée sur cette plage.
- Non. Nos enfants ne peuvent être confrontés à des scènes d'orgie. »
I9. L'Homme masqué (Masked man fallacy)
L'utilisation de désignateurs distincts dans une structure logique parfaite peut mener à une erreur lorsqu'ils recouvrent un seul et même objet.
« Je connais mon père, je ne connais pas le voleur. Donc, le voleur n'est pas mon père. »
I10. Deux faux font un vrai (Two wrongs make a right)
Cette tromperie se rapproche du Tu quoque sans être pour autant ad hominem. Elle consiste à excuser une faute par l'exposé d'une autre.
« Mais vous mentez!?
- Et vous, avez-vous tenu vos promesses? »
I11. Appel à la modération (Argumentum ad temperantiam)
Cette erreur consiste à considérer que la vérité doit se situer entre deux positions opposées.
« Dix mille manifestants selon la police, 30.000 selon les organisateurs... nous pouvons raisonnablement penser qu'ils étaient grosso-modo 20.000 à s'être déplacés. »
I12. Manipulation des probabilités
« Il y a une chance sur mille qu'une bombe soit dans cet avion et une chance sur un million qu'il y en ait deux. Je prends donc une bombe avec moi par prudence. »
I13. Biais de la solution parfaite (Nirvana fallacy, Perfect solution fallacy)
Rejet d'une solution au seul motif qu'elle n'est pas parfaite.
« Les préservatifs sont à éviter : il arrive que certains se déchirent. »
I14. Effets de manches (Style over substance fallacy)
« Parce que j'aime autant vous dire que pour moi, Monsieur Eric, avec ses costumes tissés en Ecosse à Roubaix, ses boutons de manchette en simili et ses pompes à l'italienne fabriquées à Grenoble, eh ben, c'est rien qu'un demi-sel. Et là, je parle juste question présentation, parce que si je voulais me lancer dans la psychanalyse, j'ajouterais que c'est le roi des cons... » (Audiard, Le Cave se rebiffe)
I15. Faux dilemme
Limiter les solutions possibles à une alternative arbitraire.
« Alors, finalement, vous êtes pour ou contre les légumes? »
I16. Fausse corrélation
« Tous les chauves ont bu du lait étant enfant. Le lait favorise donc la calvitie. »
I17. Non Sequitur
« Il fait beau aujourd'hui. Il pleuvra donc demain. »
I18. Négation de la preuve
« Il n'est pas mort parce que je l'ai poussé par la fenêtre, il est mort parce qu'il a touché le sol! »
I19. Traitement spécial (Special Pleading)
Appliquer à un échantillon des règles différentes de celles qui s'appliquent à la population générale, sans justification adéquate.
« Je trouve normal que chacun soit responsable des dégâts qu'il commet, et je reconnais avoir cassé la voiture de mon voisin. Toutefois, j'espère que vous ne me demanderez pas de financer les réparations. »
I20. L'effet Eliza
Ce biais de raisonnement consiste à donner à un énoncé plus de sens qu'il n'en a vraiment. Eliza est un logiciel algorithmique simulant une conversation avec un psychiatre.
Eliza : Comment vas-tu aujourd'hui?
Humain : Je me sens seul.
Eliza : Dis-moi plus sur ce sentiment.
Humain : Je crois qu'il n'y a que toi qui me comprenne.
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1. Introduction et tromperies verbales
2. Non causa pro causa
3. Appels à l'autorité
4. Arguments ad hominem
5. Appels à l'émotion
6. Digressions
7. Généralisations invalides
8. Erreurs de logique
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Sources et table des matières
vendredi 20 juin 2008
Les Raisonnements fallacieux (8)
où l'on se perd dans la pure logique...
H1. Affirmation d'une disjonction
Erreur de logique propositionnelle : prendre un ou inclusif pour un ou exclusif.
« J'ai entendu qu'il pleuvra demain. On ne verra donc pas le soleil. » (Dans une journée, les deux sont possibles.)
H2. Affirmation du conséquent
Erreur de logique propositionnelle : estimer que si B est une conséquence de A, il ne peut être qu'une conséquence de A.
« Si j'ai une grippe, je serai fiévreux. Comme j'ai de la fièvre, je dois avoir une grippe. »
H3. Négation de l'antécédent
Erreur de logique propositionnelle : estimer que si B est une conséquence de A, l'absence de A implique l'absence de B.
« Si j'ai une grippe, je serai fiévreux. Comme je n'ai pas de grippe, ce thermomètre se trompe. »
H4. Erreur existentielle
Erreur de quantificateur : dans un syllogisme, une prémisse manque pour aboutir à la conclusion.
« Les licornes sont des animaux, donc certains animaux sont des licornes. »(Dans le cadre d'un syllogisme catégorique, on parlera de Fallacy of the undistributed middle)
H5. Conversion illicite
Erreur de quantificateur : estimer que si un argument est vrai, son inverse l'est aussi.
« Tous les carrés sont des rectangles, et vice-versa. »
H6. Quantifier shift
Résolution fautive des quantificateurs
« Chaque personne a une femme qui est sa mère. Donc, il y a une femme qui est la mère de chaque personne. »
H7. Quaternio terminorum (Fallacy of four terms)
L'erreur se glisse lorsqu'un quatrième terme apparaît subrepticement dans un syllogisme qui doit en comporter trois.
« Les philosophes sont mortels, Socrate est un homme. Donc Socrate est mortel. »
H8. Conclusion affirmative d'une prémisse négative
Lorsqu'un syllogisme catégorique mène à une conclusion positive après une ou deux prémisses négatives.
« Aucun homme n'est un poisson, aucun poisson n'est immortel. Donc tous les hommes sont immortels. »
H9. Prémisse majeure illicite
Le terme majeur n'est pas distribuée dans la prémisse majeure.
« Tous les hommes sont mortels. Aucune licorne n'est un homme. Donc, aucune licorne n'est mortelle. »
H10. Prémisse mineure illicite
Le terme mineur n'est pas distribué dans la prémisse mineure.
« Tous les hommes sont des primates, tous les hommes sont des mammifères. Donc, tous les mammifères sont des primates. »
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1. Introduction et tromperies verbales
2. Non causa pro causa
3. Appels à l'autorité
4. Arguments ad hominem
5. Appels à l'émotion
6. Digressions
6. Généralisations invalides
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9. Subjectivismes et autres non-pertinences.
jeudi 19 juin 2008
Les Raisonnements fallacieux (7)
où l'on a tout de suite tout compris...
G1. Généralisation hâtive (Secundum quid)
« Mon dernier patron était un salaud. Ce sont tous des salauds. »
G2. Généralisation excessive (A dicto simpliciter)
Cette erreur consiste à négliger l'exception.
« Enfoncer un couteau dans le ventre d'une personne est un crime. Les chirurgiens le font. Ce sont donc des criminels. »
G3. Généralisation excessive (Ad dictum simpliciter)
À l'inverse, ici l'exception est considérée pour universaliser une position particulière. Les Anglais appellent cette manoeuvre le Cherry picking.
« Fumer n'est pas dangereux : mon grand-père a fumé toute sa vie et est mort centenaire d'un accident de skate-board. »
G4. Biais de représentativité (Conjunction fallacy)
Consister à fonder son jugement sur un échantillon biaisé, non représentatif de la population.
« Depuis mon compartiment de train, j’ai pu constater sur un échantillon de 70 passages à niveau que tous sans exception ont leurs barrières fermées. »
G5. Manipulation des statistiques
« La majorité des humains sont des femmes.
La majorité des femmes ont les cheveux noirs.
La majorité des humains sont des femmes aux cheveux noirs. »
G6. Spotlight fallacy
Il s'agit d'une manipulation des statistiques consistant à présupposer que l'échantillon considéré recouvre l'ensemble de la population.
« Toute femme sait ce qu'accoucher veut dire. »
G7. Thought-terminating cliché
En français dans le texte. Ce terme proposé par le psychiatre Robert Jay Lifton désigne des formules destinées à bloquer la réfexion. Il s'agit clairement de manipulation (éventuellement inconsciente) et s'utilise afin de soumettre une communauté à un dogme. C'est l'une des techniques utilisées dans le lavage de cerveau car elle amplifie la dissonance cognitive. Ce dogme peut être considéré comme la proposition et le Thought-terminating cliché comme une généralisation invalide puisque la réflexion qui permettrait d'arriver à toute autre conclusion est étouffée dans l'oeuf. Les références systématiques au populisme ou au nazisme (loi de Godwin) procèdent du même ordre. La Novlangue d'Orwell (1984) est fondée sur ce principe. (La formule utilisée peut en outre générer un second raisonnement falacieux.)
« Insha'Allah »
« On n'a pas toujours ce que l'on veut. »
G8. Misleading vividness
Cette erreur consiste à favoriser la généralisation d'un cas isolé en l'entourant d'images frappantes.
« Tu donnes des cookies à ton enfant? Mais souviens-toi lorsque Oncle Georges en a avalé un de travers : il est devenu rouge, suffoquait, pleurait et, en se levant, il a renversé l'aquarium sur la télévision qui a implosé. Depuis, il n'est plus tout à fait le même. »
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1. Introduction et tromperies verbales
2. Non causa pro causa
3. Appels à l'autorité
4. Arguments ad hominem
5. Appels à l'émotion
6. Digressions
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8. Erreurs de logique pure
9. Subjectivismes et autres non-pertinences.
mercredi 18 juin 2008
Les Raisonnements fallacieux (6)
où l'on s'égare sur les petits chemins de traverse...
Une digression est un argument détournant la discussion du point original. Ici encore, cette classe est combinable avec d'autres, notamment avec les tromperies ad hominem ou les arguments d'autorité.
F1. La Charge de la preuve (Burden of proof)
Un niveau de rigueur est nécessaire afin de démontrer un argument. Le raisonnement fallacieux consiste à prétendre abusivement que ce niveau n'est pas atteint et à déplacer la discussion sur ce terrain.
F2. Renversement de la charge de la preuve (Negative proof fallacy)
Cette erreur repose sur la difficulté qu'il y a à savoir qui doit apporter la preuve d'une affirmation. Plusieurs cas peuvent se présenter. Lorsque le cadre rhétorique est déterminé par des règles, il faut s'y conformer (parlement, procès, instruction judiciaire...). Lorsque la logique seule doit s'appliquer, la proposition de Carl Sagan est la meilleure voie à suivre : « Des affirmations extraordinaires nécessitent des preuves extraordinaires. »
Dans un cadre strictement scientifique, Karl Popper a démontré qu'une affirmation peut être qualifiée de scientifique à la condition d'être réfutable, c'est-à-dire s'il est possible de consigner une observation ou de mener une expérience qui démontre que l'affirmation est fausse.
« Prouvez-moi que le Monstre du Loch Ness n'existe pas! »
F3. Fausse objection
« Il faut que j'en parle à ma femme... »
F4. Argumentum ad lapidem
Considérer un argument comme absurde sans aucun argument logique.
« C'est mon ami : il ne ferai jamais une chose pareille! »
F5. Hausser la barre (Moving the goal post)
Augmenter en cours d'argumentation les exigences nécessaires à la validation de la conclusion.
« Il me faut un disque dur de 500 Go.
- Celui-ci a une capacité de 750 Go.
- Oui, mais il est cher. »
F6. Snobisme chronologique (Chronological snobbery)
Arguer qu'un argument est faux en vertu du fait qu'un autre argument de la même époque s'est révélé faux lui aussi.
« Vous me dites que la Terre est ronde, mais cette théorie s'est développée à une époque où l'on croyait à la génération spontanée! »
F7. La fausse piste
Introduire un élément totalement étranger à la discussion.
« Peu avant l'accident, j'ai remarqué que le vent se levait. »
F8. Asteraz fallacy
Affirmer qu'une prémisse est exacte parce qu'une autre prémisse l'est.
« Comme vous le savez, 2 x 2 = 4. De même 87 x 93 = 8.000. En conséquence, la somme des deux fait 8.004 »
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5. Appels à l'émotion
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mardi 17 juin 2008
Les Raisonnements fallacieux (5)
où l'émotion prévaut sur la raison...
L'appel à l'émotion tente de crédibiliser une proposition sur base des émotions qu'elle suscite. C'est l'un des principaux raisonnements fallacieux. Tout d'abord parce qu'elles offrent une articulation facile du discours raisonné à l'expression des sentiments bruts. Ensuite parce qu'il peut prendre de nombreuses formes.
Elles sont plus délicates à déconstruire car les invalider est souvent pris comme une défiance non seulement au raisonnement invalide, mais aussi à l'émotion qui le sous-tend.
E1. Appel aux conséquences (Argumentum ad consequentiam)
Cette erreur de raisonnement est courante et parfois difficile à identifier. Elle consiste à valider une proposition en fonction du désagrément que son infirmation pourrait apporter.
« Dieu existe : tant de gens on éprouvent la présence » peut se déployer de la façon suivante : « Tant de gens sentent que Dieu existe et intègre cette impression à leur façon de vivre qu'il serait dommage que ce ne soit pas le cas : Dieu existe. »Le mécanisme est assez proche de la dissonance cognitive par laquelle on est amené à estimer bons les choix coûteux que l'on fait. Si l'on paye cher une voiture d'occasion qui s'avère désastreuse, s'avouer que l'on s'est trompé ajoute un constat pénible à la déception :
« Non seulement c'est une épave, mais je suis en plus un fameux imbécile! »
E2. Le doigt dans l'engrenage (Sunk cost fallacy)
Enchaînement de petites compromissions logiques. La première ne semble pas porter à conséquence pour l'interlocuteur, mais les suivantes ont des implications de plus en plus grandes qu'il est amené à accepter s'il ne veut pas admettre qu'il a eu tort d'accepter la première.
Deux groupes d'étudiants fumeurs. On demande au premier d'arrêter de fumer durant une semaine. On demande au second d'arrêter de fumer un jour et, à la fin de la journée, on leur demande de prolonger l'expérience de six jours. Le taux d'acceptation sera supérieur dans le second groupe.
E3. Appel à la terreur (Argumentum ad metum)
« La lutte contre le terrorisme implique la suppression de certaines libertés civiles. »
E4. La raison du plus fort (Argumentum ad baculum)
Cet argument est généralement classé dans les appels à l'autorité. Pourtant c'est plus à l'émotion qu'il s'adresse de par les menaces qu'il dégage.
« La ligne du Parti est la bonne, et le Goulag attend ceux qui en doutent. »
E5. Appel à la flatterie
« ... parce que vous le valez bien! »
E6. Appel au ridicule
« Est-ce par votre grand-père ou votre grand-mère que vous descendez du singe? » (l'évêque d'Oxford à Th. Huxley qui défendait le darwinisme)
E7. Appel à la haine (Argumentum ad odium)
« Ce n'est qu'en votant pour moi que vous aurez une chance de vous débarrasser de ces étrangers. »
E8. Appel à la pitié (argumentum ad misericordiam)
« Je roulais trop vite Monsieur l'agent, mais c'était pour être plus vite auprès de mon pauvre papa mourant. »
E9. Appel à la fierté (Argumentum ad Superbium)
« Seuls les esprits éclairés pourront comprendre notre action... »
E9. Préparer le terrain (Poisoning the well)
Où l'on présente l'information de telle sorte que l'interlocuteur sera plus gêné avec une réponse qu'avec une autre.
« Je crois que je vais acheter cette robe. Comment tu la trouves? »
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3. Appels à l'autorité
4. Arguments ad hominem
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lundi 16 juin 2008
Les Raisonnements fallacieux (4)
où les défauts de l'auteur sont évoqués...
Les arguments ad hominem n'appartiennent pas à proprement parler aux appels à l'autorité mais ils procèdent d'un mécanisme similaire, généralement utilisés pour discréditer une proposition. Au lieu d'attaquer la proposition, ils attaquent la personne qui le défend. Certains appels à l'autorité parfaitement symétriques sont d'ailleurs parfois classés dans cette catégorie (argumentum ad crumenam p. ex. selon lequel le riche fait autorité sur le pauvre).
D1. Argumentum ad personam
La personnalité de l'auteur discrédite son propos.
« Et c'est cette canaille qui voudrait nous faire croire que la Terre est ronde! »
D2. Argumentum ad hominem circumstantae
« Il prétend que Dieu n'existe pas, mais il a fait de la prison! »
D3. Appel aux motivations (Appeal to motive)
Où une prémisse est invalidée sur base des motivations du locuteur.
« Il a voté ainsi parce que sa femme en profitera indirectement. »
D4. Tu quoque
L'argument Tu quoque consiste à discréditer une proposition parce que son auteur lui-même a agi en contradiction avec elle.
« Comment peut-on lire ce que Jean-Jacques Rousseau peut écrire sur l'éducation des enfants alors qu'il a abandonné les siens ? » (Voltaire)
Une autre forme du Tu quoque consiste à démontrer son innocence par le seul fait de la culpabilité de son adversaire :
« Ah! Vous voyez bien qui de nous deux est le menteur! » (lorsque l'adversaire vient d'être pris en flagrant délit)
D5. Culpabilité par association
Décrédibiliser une personne parce que sa proposition est similaire à celle d'une personne ou d'un groupe discrédité, et ainsi discréditer la proposition elle-même.
« Vous dites que les pauvres meurent de faim. C'est un argument de communiste. Vous ne vous attendez pas à ce que l'on prête attention aux propos d'un communiste?! »
« Vous êtes végétarien? Hitler l'était aussi...! »
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2. Non causa pro causa
3. Appels à l'autorité
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5. Appels à l'émotion
vendredi 13 juin 2008
Les Raisonnements fallacieux (3)
où les qualités de l'auteur entrent en jeu...
Les appels à l'autorité sont les arguments fallacieux les plus visibles et les plus simples à démonter : il suffit de mettre en doute que l'élément qui donne autorité donne aussi une connaissance infaillible sur le sujet traité.
Un effet pervers est que, par une sorte de relativisme absolu, les appels légitimes à l'autorité sont régulièrement dénoncés comme abusifs : « Je ne reconnais pas de légitimité à cette cour de justice. »
L'appel à l'autorité n'est un argument fallacieux que lorsque les critères de crédibilité concernant l'énoncé ne sont pas rassemblés.
C1. Argument d'autorité (Argumentum ad verecundiam)
« C'est vraiment le corps du Christ : c'est Monsieur le curé qui l'a dit! »
C2. La raison du plus riche (Argumentum ad crumenam)
« Ce n'est tout de même pas ce clochard qui va me dire comment mener ma vie!? »
C3. La raison du plus pauvre (Argumentum ad lazarum)
« Pour nous, un euro, c'est un euro. Nous connaissons la valeur des choses. Alors, quand on vous dit que le capitalisme est le pire des modèles, nous savons de quoi nous parlons. »
C4. La loi du nombre (Argumentum ad populum)
« L'astrologie existe dans toutes les civilisations. Elle est donc fondée. »
C5. Appel à la tradition (Argumentum ad antiquitatem)
« Avant l'électricité, les gens se débrouillaient très bien. L'électricité est donc superflue. »
C6. Appel à la nouveauté (Argumentum ad novitatem)
« Tu devrais essayer : c'est tout nouveau! »
C7. Appel à la nature (Naturalistic fallacy)
« Cela ne peut pas vous faire de mal : c'est 100% naturel! »
C8. L'honneur par association
« Je ne suis pas un imbécile, puisque je suis douanier. » (Fernand Raynaud)
C9. La vérité pure et simple (Bare assertion fallacy)
Le degré zéro de l'argument d'autorité puisque tout locuteur fait autorité pour autant qu'il affirme que ce qu'il dit est vrai.
« La lune est en fromage blanc.
- Non!?
- Si-si, c'est vrai!
- Ah ben ça alors! »
Billets précédents :
1. Introduction et tromperies verbales
2. Non causa pro causa
Billet suivant :
4. Arguments ad hominem.
mercredi 11 juin 2008
Les Raisonnements fallacieux (2)
où l'on fait passer pour certaine une cause incorrecte ou douteuse...
B1. Conclusion hors de propos (Ignoratio elenchi)
Selon Aristote, l'Ignoratio elenchi recouvre l'ensemble des raisonnements fallacieux. Dans son acception contemporaine toutefois, il désigne l'absence totale de lien entre une prémisse et une conclusion.
Lors d'un concours de piano : « Le candidat suivant est un si gentil garçon. Il mérite vraiment de gagner. »
B2. Post hoc ergo propter hoc
Confusion entre synchronicité et causalité.
« Tu m'as appelé alors que je pensais justement à toi : c'est très fort, ce qu'il y a entre nous! »
Cette confusion touche de près au subjectivisme, à celui de l'historien par exemple : « Par ce discours, César scella son destin et celui de Rome. »
B3. Cum hoc ergo propter hoc
Confusion entre corrélation et causalité.
« Les courbes démontrent que les ventes de glace sont liées aux ventes de maillots. »
B4. Simplification excessive
Le fait de négliger la multiplicité des causes d'un problème.
« Encore une tuerie! Quand donc interdira-t-on les jeux vidéos?! »
B5. Renversement de la causalité (Wrong direction)
« Les malades n'ayant pas de poux, ceux-ci sont bénéfiques pour la santé. » (croyance médiévale)
B6. Comparaison incomplète
Ne précise pas l'élément de comparaison (très courant en publicité).
« Cette lessive est un peu plus chère mais bien meilleure. »
B7. Comparaison inconsistante
Compare différents éléments d'un produit à ceux de différents produits (très courant aussi en publicité).
« Cette voiture est moins chère qu'une Ferrari, plus rapide qu'une De Dion-Bouton et plus sexy qu'une Traban. »
B8. Fausse analogie (Comparer des poires et des oranges, False analogy)
Un raisonnement reposant sur une analogie n'est valide que si l'analogie est pertinente.
L'exemple suivant est une fausse analogie reposant sur une équivocation puisque le mot horloge revêt à la fois une acception première (avec horloger) et métaphorique (avec univers).
« L'univers m'embarrasse, et je ne puis songer // Que cette horloge existe et n'ait pas d'horloger. » (Voltaire, Les Cabales)
B9. Regression fallacy
Justification d'un argument par des fluctuations indépendantes.
« J'étais si fatigué hier. Ce matin, j'ai mangé un oeuf et j'étais en pleine forme toute la journée. »
B10. Monte-Carlo (Gambler's fallacy)
Croyance que la probabilité d'un événement aléatoire est influencée par ses occurrences précédentes.
« Le 7 sort beaucoup ce soir. Mise tout dessus! »
B11. Monte-Carlo inverse (Inverse gambler's fallacy)
Croyance qu'un événement de faible probabilité ne peut apparaître qu'après de nombreux essais préalables.
« Il a fait un double six au premier lancer : ses dés doivent être truqués! »
B12. La théorie des dominos (Slippery slope)
Cette tromperie consiste à prétendre qu'un argument doit être refusé car il mènerait progressivement à une catastrophe.
« Si vous autorisez le port du jeans à l'école, le signal sera donné que nous assouplissons les règles, les élèves mangerons en classe, téléphoneront, arriverons en retard, les professeurs seront démotivés, l'école deviendra un lieu de débauche et de violence, le savoir ne sera plus transmis et ce sera la fin de la civilisation. »Il est intéressant de constater que si un raisonnement fallacieux de ce type est régulièrement adopté par une société dont il devient une référence éthique : c'est le principe de précaution.
B13. L'erreur du Continuum (Fallacy of the beard)
Cette erreur repose sur les frontières floues de certains concepts. Elle a été mise en évidence dans le premier paradoxe sorite :
Un grain de sable ne constitue pas un tas.
L'ajout d'un grain ne fait pas d'un non-tas un tas.
A l'inverse, un tas de sable auquel on enlève un grain reste un tas.
La soustraction d'un grain ne fait jamais d'un tas un non-tas.
Il n'existe donc pas de nombre n tel que n soit un non-tas et n+1 soit un tas.
On ne peut donc pas créer de tas de sable en accumulant des grains de sables.
B14. Cause animiste (Animistic fallacy)
La cause animiste affirme que le hasard ne peut expliquer des événements de faibles probabilité.
« Regardez la complexité d'une cellule, d'un oeil, de l'univers. Comment mieux démontrer l'existence d'un Créateur? »L'objection de Hoyle est un cas particulier de la cause animiste. Fred Hoyle estimait que la probabilité d'obtenir par la chance seulement une séquence fonctionnelle d'acides aminés était similaire à celle qu'un ouragan pouvait avoir d'assembler un Boeing 747 au moyen des débris trouvés sur son passage. Le caractère fallacieux de cet argument a été démontré par Richard Dawkins. Il alimente toujours de nombreux discours créationnistes.
B15. Le Tireur d'élite texan (Texas sharpshooter fallacy)
Le Tireur d'élite texan est une tromperie qui consiste à interpréter ou manipuler des données non relevantes de façon à les faire entrer dans l'argumentation. Le nom se réfère à une histoire où un individu a peint des cercles concentriques autour d'un impact de balle pour afin de se présenter comme tireur d'élite.
« Cet homme a gagné le gros lot. Incroyable! Il y avait une chance sur un million. » (En fait, quelqu'un allait gagner le gros lot. Prévoir le gagnant a priori aurait été très peu probable. Constater qu'il y en a un a posteriori est absolument normal.)
B16. Pétition de principe (Petitio principii, Begging the question)
La proposition est démontrée implicitement dans les prémisses.
« Dieu possède toutes les perfections ; or l'existence est une perfection, donc Dieu existe. » (Descartes, Méditations métaphysiques).
B17. Argument de la nécessité (Fallacy of necessity)
Où, sous le couvert d'un syllogisme, on applique à la conclusion le degré de nécessité de l'une des prémisses.
« Je touche une allocation parce que je suis malade. Or, j'ai besoin d'argent. Je ne peux donc pas guérir. » (La nécessité de la première prémisse ne peut être appliquée à la conclusion puisque la guérison me permettra de gagner de l'argent en retravaillant.)
B18. Argument de l'homoncule
Où une entité est suggérée afin d'éviter une régression infinie... Ce type de raisonnement fallacieux a été mis en évidence par Daniel Dennett (Consciousness Explained) dans son modèle du théâtre cartésien : Descartes affirmait que la conscience impliquait une âme immatérielle qui observait la représentation cervicale du monde, comme un spectateur au théâtre.
B19. Argument circulaire
L'argument circulaire est un type particulier de pétition de principe, particulièrement utilisé en théologie.
« Mon frère n’aime pas les épinards // Et c’est heureux pour mon frère car // S’il les aimait, il en mangerait // Or il ne peut les supporter » [Nino Ferrer, Madame Robert]
Billet précédent : 1. Introduction et tromperies verbales
Billet suivant : Appels à l'autorité.
lundi 9 juin 2008
Les Raisonnements fallacieux (1)
Un raisonnement est un mécanisme permettant de savoir si une proposition est vraie ou fausse. Le raisonnement s'appuie sur des propositions de départ dont la valeur de vérité est connue (les prémisses) et sur un ensemble de relations logiques (les inférences).
Un exemple type est le fameux syllogisme :
A. Tous les hommes sont mortels. (prémisse majeure)
B. Socrate est un homme. (prémisse mineure)
C. Socrate est donc mortel. (conclusion)
Les deux prémisses étant vraies et l'inférence valide, la conclusion est avérée.
Un raisonnement fallacieux est un argument qui mène de façon invalide à une conclusion :
A. Ce qui est rare est cher.
B. Un cheval bon marché est rare.
C. Un cheval bon marché est donc cher.
Un raisonnement fallacieux peut toutefois mener à une conclusion exacte, mais qui restera non démontrée :
A. Socrate n'est pas tous les hommes.
B. Tous les hommes ne sont pas immortels.
C. Socrate est donc mortel.
Les raisonnements fallacieux sont à la fois fascinants et agaçants puisqu'ils nous mettent face à face avec nos propres limites de raisonnements. Quoi de plus horripilant que de se trouver face à quelqu'un de mauvaise foi, qui déploie une rhétorique retorse que l'on est bien incapable d'invalider. Soit on abandonne de guerre lasse, soit on se surprend à adopter soi-même une argumentation invalide mais alors... à quoi joue-t-on?
Le fait est que nous sommes souvent bien dépourvus. L'orthographe et la grammaire s'apprennent dès le plus jeune âge. Pour les techniques de raisonnement, chacun est laissé à lui-même comme s'il n'existait aucun savoir transmissible qui permette d'échanger des idées avec toutes les garanties d'une construction solide. L'art de la rhétorique et la science de la logique ont quitté les salles de classes.
Il y a pourtant là sujet d'étude. Pour ce qui est des raisonnements fallacieux, Aristote, Schopenhauer, John Stuart Mill ou David Kelley ont chacun entrepris d'en dresser une taxonomie. Celles-ci sont divergentes et reposent la plupart sur une distinction préalable : le raisonnement est-il fallacieux dans sa forme ou non? L'opposition entre raisonnements fallacieux formels et informels est tentante mais génère de nombreuses inconsistances. De par leur nature, les raisonnements pervers jouent souvent sur les deux tableaux à la fois. L'on constate ainsi que les auteurs classent tantôt l'équivocation ou le raisonnement circulaire dans l'une ou l'autre classe. Autre dichotomie rencontrée : la distinction reposant sur la bonne foi du locuteur (paralogisme) ou sa volonté de tromper (syllogisme). Force est de constater que les mécanismes de tromperie sont souvent indépendants de l'intention du locuteur.
La présente tentative de synthèse fait donc l'économie d'une dichotomie fondamentale et propose neuf classes principales. Mais l'objectif de cette petite étude est moins d'offrir une systématique rigoureuse que d'aider l'honnête homme à ne pas perdre pied lorsqu'il est confronté à longueur de journée à des...
« Encore une tuerie! Quand donc interdira-t-on les jeux vidéos?! »
et autres...
« Je crois que je vais acheter cette robe. Comment tu la trouves? »
On y va par étapes. Suivez le guide et faites attention où vous mettez les pieds.
A. TROMPERIES VERBALES
où l'on joue sur les mots...
A1. Équivocation
L'équivocation est une faute de raisonnement à la fois formelle et informelle, qui joue sur les acceptions multiples de termes utilisés. Particulièrement agaçant.
« Les ânes ont de longues oreilles. Benoît est un âne. Il a donc de longues oreilles. »
A2. Loki's Wager
Consiste à décréter que, puisqu'un concept n'est pas clairement défini, il ne peut être discuté. C'est la forme la plus extrème de l'équivocation.
« Tu dis que tu es amoureux alors que tu ne peux même pas définir le mot "amour"! »L'argument selon lequel la nature d'une divinité ne peut être discutée puisqu'elle dépasse notre entendement est un Loki's wager.
A3. Amphibologie
L'amphibologie offre un caractère équivoque comparable, mais fondé sur la structure grammaticale.
« John apprit à Mary que sa mère était malade. » (La mère de qui?)
A4. Aucun bon Écossais (No true Scotsman)
Dans Thinking about Thinking, Antony Flew donne l'exemple suivant :
Argument: "No Scotsman puts sugar on his porridge."
Reply: "But my uncle Angus, who is a Scotsman, likes sugar with his porridge."
Rebuttal: "Aye, but no true Scotsman puts sugar on his porridge."
Certains auteurs y voient un argument circulaire, puisque cela sous-entend que la façon de déguster le porridge intervient dans la définition d'un "true Scotsman". En ce sens, il s'agirait plutôt d'un argument en spirale puisqu'il y a surenchère sur l'authenticité de la qualité. (On imagine facilement la suite : « But Uncle Angus is a true Scotsman etc. »)
A5. Paralogisme de composition (Fallacy of composition)
Cette erreur, parfois assimilée à une généralisation abusive, consiste à doter le tout de la propriété d'une partie.
« Qui sauve un homme sauve tous les hommes. »
A6. Paralogisme de division (Fallacy of division)
À l'inverse, cette erreur consiste à attribuer à un élément une propriété de l'ensemble auquel il appartient.
« Les Républicains sont pour la peine de mort. Tu votes républicain. Tu es donc pour la peine de mort. »
Prochaine étape : Non causa pro causa...
samedi 7 juin 2008
Cycles et épicycles
The more important fundamental laws and facts of physical science have all been discovered, and these are now so firmly established that the possibility of their ever being supplanted in consequence of new discoveries is exceedingly remote… Our future discoveries must be looked for in the sixth place of decimals.Il est assez courant que des scientifiques socialement assis aient des propos péremptoires de ce genre. Vers la fin de sa vie, Kelvin aurait ainsi proclamé que des engins plus lourds que l’air ne voleraient jamais, que la radio ne présentait aucun intérêt, et qu’on allait découvrir incessamment que les rayons X étaient un canular [2]. Ce qui rend les propos de Michelson surprenants, c’est que son nom est associé à une révolution scientifique majeure. A l’époque où on lui attribue ces mots, il avait déjà effectué avec Edward Morley des mesures de la vitesse de la lumière qui balayeront les conceptions classiques de l’espace et du temps. Les mesures de Michelson et de Morley de 1887 ne sont rien moins que le fondement expérimental de la théorie de la relativité. Et il n’avait rien vu venir.
A l’instar des mesures de Michelson et Morley, les faits expérimentaux qui fondent la révolution scientifique du début du 20ème siècle se sont accumulés tout au long du 19ème siècle, bien avant que les conceptions ne commencent à changer. La première observation du mouvement Brownien, qui est aujourd’hui considéré comme une preuve de l’existence des atomes, date de 1827. De la même manière, les « anomalies » de la chaleur spécifique des solides, dont la compréhension est un succès de la physique quantique, sont connues depuis le milieu du 19ème siècle. Ce qui fait une révolution scientifique, ce ne sont pas des faits nouveaux, c’est un changement de mentalité.
En science comme dans d'autres domaines, le changement est rarement accueilli favorablement [3]. L’attachement aux théories en vigueur est souvent justifié méthodologiquement, mais il prend parfois une forme pathologique. On a fait vivoter le géocentrisme pendant plus de 13 siècles, en introduisant un système obscur d’épicycles pour rendre compte du mouvement des planètes vues depuis
Il suffit d’ouvrir un journal de vulgarisation pour voir combien la physique est aujourd’hui compliquée. Certains voient dans la théorie des cordes, dans les fluctuations du vide, dans l’enchevêtrement quantique, etc. autant d’épicycles qui essayent désespérément de sauver des conceptions sans doute dépassées [1]. Pour aller de l’avant, ne faudrait-il pas s’intéresser en priorité aux faits qu’on qualifie de marginaux et qui ne sont pas encore compris ? On portera peut-être demain sur ceux qui balaient d’un revers de la main la mémoire de l’eau ou la fusion froide [4] le même regard plein d’incompréhension que nous portons aujourd’hui sur Michelson. Comment n’a-t-il rien vu ?
[1] Robert J. Lahn, 20th and 21st century science: reflections and projections, Journal of Scientific Exploration, 15 (2001) 21.
[2] http://www.2spare.com/item_50221.aspx
[3] Eric Hoffer, The Ordeal of Change,
[4] L'histoire de ces deux phénomènes n'est pas la farce qu’on voudrait nous faire croire; Brian Josephson, prix Nobel de physique, en parle un peu sur sa page web. http://www.tcm.phy.cam.ac.uk/~bdj10/.
mercredi 21 mai 2008
Trésors de la langue française
Si le vocabulaire d’une langue renseigne souvent sur le mode de vie de ceux qui la parlent, dites-moi ce qu'il faut penser de la plique.
Voici en tout cas ce qu’en dit le trésor de la langue française informatisé (http://atilf.atilf.fr/tlf.htm).
Plique, substantif féminin
MÉD., Affection du cuir chevelu (...) caractérisée par l'agglomération des cheveux sous la forme d'une véritable calotte, due à la crasse, aux poux et à l'accumulation de croûtes et de matières sébacées nauséabondes (Méd. Biol. t.3 1972).
« La barbe fut décrétée laide, sotte, sale, immonde, infecte, repoussante, ridicule, antinationale, juive, affreuse, abominable, hideuse, et, ce qui était alors le dernier degré de l'injure, romantique! on évoqua toutes les maladies du cuir chevelu, la plique des Polonais, la lèpre des Hébreux, la mentagre des Romains » (HUGO, Corresp., 1845, p.623).
Le Petit Robert précise que les déjections des parasites contribuent aussi à la plique.
vendredi 2 mai 2008
Rationalisme anthropocentrique
Lorsque Descartes propose le rationalisme comme méthode de recherche de la vérité, c’est surtout le scepticisme qu’il promeut face à l’autorité intellectuelle. De la même manière, le rationalisme du Siècle des Lumières est avant tout opposé au dogmatisme et à l’obscurantisme. Vouloir faire du rationalisme une valeur positive serait naïf et prétentieux.La rationalité est avant tout un sentiment : ce n’est que par une forme d’introspection que nous nous convainquons de l’existence ou non d’un lien logique entre deux faits ou deux idées. Serait-ce même au départ de données pragmatiques, comment l’introspection pourrait-elle nous apprendre quoique ce soit sur un autre sujet que sur nous même?
Si les faits nous donnent parfois l’illusion que la raison permet de comprendre le monde, c’est parce qu’elle représente un avantage évolutif. Elle est notre capacité à organiser nos souvenirs sous une forme propre à faire des prévisions utiles à notre survie ou à notre reproduction. Elle n’est donc que le reflet du monde dans lequel nous vivons ; c’est notre adaptation intime à notre environnement qui fait que certains phénomènes naturels peuvent être organisés selon des systèmes qui nous semblent logiques. Par beaucoup d’aspects, la science n’est rien d’autre qu’une communication codifiée de notre compréhension instinctive du monde.
En d’autres termes, c’est parce que nous sommes bien adaptés à notre environnement que nos intuitions sont parfois correctes, et que l’introspection peut être constructive. Pour tout ce qui n’est pas traditionnellement nécessaire à la survie de l’espèce, rien ne garantit l’utilité de la raison humaine.
lundi 28 avril 2008
William
s'appelle pas William. Lui aussi a carte blanche, mais je gage qu'il nous fera
partager certaines réflexions sur la nature de la science et sur ses rapports
avec la société. Je vous parie même une paire de mes plus beaux guillemets qu'il
aimera le faire par le petit bout de la lorgnette. Enfin, nous verrons bien.
Et quand je vous dit qu'il ne s'appelle pas William, je ne fais que traduire la
présentation qu'il m'a envoyée :
« Choisir de s’appeler William quand ce n’est pas son vrai nom présente trois avantages.Et le premier qui écrit que c'est probablement une bonne poire sera viré à vie des commentaires!
D’abord, on peut donner libre cours à sa schizophrénie en signant tantôt de son identité secrète tantôt de son vrai nom.
Ensuite, on dévie lâchement vers le jeune prince de Galles la rancœur de ceux qui pourraient ne pas aimer qu’on soit membre de Mensa.
Enfin, on s'attire la sympathie des quelques autres qui en pinceraient pour William d’Occam et pour William James. »
mercredi 23 avril 2008
Le point sur les guillemets
Bref, c'est le genre de chose que l'on n'apprend pas à l'école et dont on se dit avec raison que son ignorance ne nous empêchera pas d'atteindre le bonheur.
Ce n'est donc pas sur la voie du bonheur que ce petit billet devrait vous mener, mais sur celle, plus escarpée, de la perfection. Ce qui n'est pas mal non plus. En prime, l'usage d'une typographie correcte a des avantages épatants :
- Renforcement des habitudes (et dès lors plus grande fluidité) de lecture et d'écriture ;
- Cohérence des textes et simplification des processus d'édition ;
- Atténuation des situations confuses ;
- Adoption d'une esthétique typographique conçue dans le respect des règles.
1. Les acteurs en présence
- Les guillemets français (ou typographiques) sont comme « ceci ».
[guillemet gauche Unicode U+00AB ;
guillemet droit Unicode U+00BB] - Les guillemets anglais sont comme “ceci”.
[guillemet-apostrophe double culbuté Unicode U+201C ;
guillemet-apostrophe double Unicode U+201D] - Les guillemets allemands sont comme „ceci“.
[guillemet-virgule double inférieur Unicode U+201E ;
guillemet-apostrophe double Unicode U+201D] - Les guillemets droits (ou dactylographiques) sont comme "ceci".
[guille dactylo ou guillemet droit Unicode U+0022]
2. Que veulent dire les guillemets ?
Les guillemets marquent une distance de l'auteur vis-à-vis des éléments entre guillemets. Il peut s'agir d'une citation, d'une réserve, d'une erreur ou d'un jugement avec lequel l'auteur veut marquer sa divergence.
Le cas des citations peut se révéler extrêmement complexe lorsqu'elles comportent plusieurs alinéas et/ou des dialogues. Je ne considèrerai ici que les cas simples.
3. Oublier les guillemets droits et allemands.
Simplifions le problème : on peut oublier les guillemets droits. Il s'agit d'une invention spécifique aux machines à écrire et rendue obsolète par l'informatique moderne. Ils peuvent servir à désigner des minutes, des secondes ou des pouces, mais plus jamais faire office de guillemets, excepté en programmation.
Quant aux guillemets allemands, ils ne sont jamais utilisés en français.
4. Guillemets français ou anglais ?
Toujours des guillemets français sauf en cas d'imbrication. Il est alors recommandé d'utiliser les guillemets anglais en second rang.
« Je m'en souviens bien, dit-elle, c'était écrit : “Peinture fraîche”. »
En troisième rang, l'usage de l'italique est toléré quoique les guillemets français puissent réapparaître.
« Je m'en souviens bien, dit-elle, c'était écrit : “Peinture frêche”. »
Alors que les guillemets anglais génèrent de nombreuses collisions malheureuses (L'“intelligentsia”), les guillemets français s'articulent dans le texte avec plus de fluidité puisqu'occupant l'espace d'un caractère à part entière. Ils provoquent aussi moins de ruptures dans le gris typographique.
5. Guillemets ou italique ?
Ici encore, les guillemets français sont la règle. Hormis la citation de 3e rang où son usage est toléré, l'italique doit être utilisé dans deux cas :
- La citation en langues étrangères : « My God ! » s'écria-t-elle.
- La dénotation (par opposition à la connotation marquée par les guillemets) : Le mot dénotation n'est pas facile à définir.
6. Et les titres d'oeuvres ?
Ici, l'italique est la règle. Les guillemets ne sont autorisés que lorsque l'italique est impraticable : écriture manuscrite ou dactylographique par exemple, ainsi que les emails en texte pur.
7. Quelles espaces utiliser ?
Une espace insécable doit toujours être placée à l'intérieur du guillemet français, et une espace sécable à l'extérieur. La nature de cette espace est toutefois sujette à controverse et varie de plus dans la francophonie : les usages français, canadiens et suisses divergent... les Suisses allant jusqu'à proscrire les espaces internes!
L'espace insécable Unicode étant plus large que l'espace normale, je suggère l'utilisation d'une espace fine insécable disponible en Unicode [U+202F]... tout en étant conscient de la difficulté de parfois l'implémenter : la typographie de ce billet le démontre.
Aucune espace interne n'accompagne en revanche les guillemets anglais.
8. Le point final vient-il avant ou après le guillemet final?
Les guillemets encadrent tous les éléments avec lesquels la distance est prise, y compris les signes de ponctuation. (« Oh! Tu as vu ? » me dit-elle.)
Toutefois, lorsqu'une citation termine une phrase et est elle-même une phrase complète, il y a assimilation de la ponctuation de la phrase par celle de la citation et la phrase se termine par un guillemet. (Elle me dit simplement : « Je t'aime. »)
Lorsque la citation est un enchaînement de la phrase principale, c'est la ponctuation principale qui absorbe celle de la citation. (Elle me dit que « son amour est infini ».)
Enfin, lorsque les ponctuations de la citation et de la phrase principale divergent, toutes deux sont conservées. (Elle eut le culot de me demander : « Tu ne m'en veux pas ? » !)
9. Transgresser
Ben oui, la typographie actuelle sort des cadres établis, entretient des rapports de plus en plus intimes avec les autres éléments de la page : illustrations, mise en page... Tout est possible à qui possède assez de talent et de métier. La barrière est ouverte, sortons du jardin.
Mais ne confondons pas transgression et ignorance!
Sources
Le Bon Usage
Oeuvrez les guillemets
Orthotypographie
Wikipedia
lundi 14 avril 2008
mercredi 9 avril 2008
Et si Pékin avait raison?
Le Lotus Bleu, c'était autre chose. Une histoire complexe où s'affrontent des puissances militaires, financières. La drogue, la folie, le crime.
Tintin rencontre Chang en Chine. Il comprendra là la dure complexité du monde. C'est au Tibet qu'il le retrouvera. Et c'est là qu'il comprendra que la complexité est un masque. Les larmes de Tintin relient les deux albums.
Une invasion chinoise?
Depuis le XIIe siècle, le Tibet est chinois et le dalaï-lama avait généralement un statut de gouverneur qu'il partageait à certaines époques avec le Panchen-lama. En 1720, le Tibet devient un protectorat chinois : l'identité culturelle était garantie mais le commerce, la diplomatie et la défense étaient du ressort de la Chine. La présence de tibétain sur de nombreux monuments chinois en tant qu'une des cinq langues officielles, en témoigne.
Les choses changent en 1904 lorsque les Britanniques envahissent la région de façon sanglante. Quatre ans plus tard, la Chine reprend le contrôle et ce n'est qu'après la révolution de 1911 que le Tibet proclame son indépendance, indépendance que n'acceptera pas la Chine.
En 1950, le troupes communistes chinoises reviennent au Tibet, ce qui est qualifié d'invasion par les États-Unis alors en pleine fièvre anticommuniste. La CIA arme et entraine les guerriers tibétains et, en 1959, aide le dalaï-lama à s'exiler en Inde.
Si l'on peut parler de conflit territorial d'indépendance, le présenter comme une invasion n'est pas conforme à la réalité historique. Je ne défends pas là la vision chinoise, j'expose celle de la communauté internationale exprimée depuis longtemps par l'ONU et par la Communauté Européenne.
Que tout le monde maintenant se mette à parler d'invasion est étrange... à moins que les récents enjeux commerciaux puissent expliquer ce revirement idéologique.
Une population opprimée?
La Chine moderne n'est pas mon modèle de civilisation. Les droits de l'homme sont considérés comme un gadget inutile, les médias sont des marionnettes du Parti, le régime politique est une farce et la justice n'est citée en exemple que par Ségolène Royal. Ça ne donne pas envie, c'est sûr.
Pour autant, voir dans le Tibet du dalaï-lama un sanctuaire consacré à la spiritualité et échappant à la corruption du matérialisme occidental est sans doute un peu naïf.
Quel était la situation du Tibet avant le départ de dalaï-lama?
1. Théocratie absolue : Ni parti ni élections. Ni média non plus d'ailleurs.
2. Oligarchie et servage de la population : Par exemple, le commandant en chef de l'armée tibétaine, ami proche du dalaï-lama, possédait 4.000 kilomètres carrés de terre et régnait sur 3.500 serfs. Les monastères pouvaient enlever de force des enfants de paysans pour les enrôler comme domestiques, danseurs ou soldats. [A. Tom Grunfeld, The Making of Modern Tibet rev. ed. (Armonk, N.Y. and London : 1996)]
3. Droits de l'homme : Si la peine de mort n'était pas appliquée activement, la torture était d'usage courant : brisure des membres, énucléation des yeux, utilisation d'une panoplie proche de celle de notre moyen-age. Bien sûr, les enfants de paysans n'avaient ni scolarisation ni accès aux soins de santé. [Felix Greene, A Curtain of Ignorance (Garden City, N.Y. : Doubleday, 1961) ; Waddell, Landon, and O'Connor are quoted in Gelder and Gelder, The Timely Rain]
Ça ne donne pas envie non plus. A vrai dire, ça donne encore moins envie.
La domination chinoise est donc un sale coup pour l'oligarchie tibétaine. Les images d'émeutes montrent clairement que les opposants sont des moines ou des tibétains de milieux favorisés. Pour la plus grande partie de la population, je crois que c'est plutôt une bonne chose.
Mais vous savez comment sont les religions : elles ont le chic pour vous faire croire que ce qui est bon est mauvais et vice-versa. En plus, s'il faut reconnaître quelque chose au dalai-lama, c'est que c'est un communicateur fabuleux, le genre Steve Jobs vous voyez. En plus, son produit, c'est la vision d'un monde drôlement sympa. Vraiment le genre de chose dont nous avons tous besoin. Et en plus, y croire ne coûte pas un cent...
Alors? Alors, si l'on se préoccupe de droits de l'homme, de liberté de la presse, de démocratie et de développement individuel, il est sans doute légitime de lancer des actions contre la Chine. Mais le faire au nom du Tibet est grotesque.
jeudi 20 mars 2008
Victim of the Brain
« I watch my own decisions and I feel, sometimes, as if decisions come from parts of me that I realize are not under what I would call my control. I realize that my own self is really not under my control. I look at what I prefer in life — my tastes, my interests, my aesthetic preferences — and I know that those things come from places that I certainly don’t decide upon. I am just a victim of my brain. But I have to live with that. »
mercredi 19 mars 2008
vendredi 15 février 2008
Clope, impair et manque.
Mesdames et messieurs les fumeurs, ce n’est pas fini ! Vous croyiez peut-être en être quitte avec toutes ces lois antitabac qui, dans un nombre croissant de lieux, vous empêchent désormais d’intoxiquer impunément celles et ceux qui n’ont pas envie de subir votre agression ?
Enfin, on respire dans les bureaux, les salles de réunions, les restaurants, les transports en commun, bientôt aussi les bistrots… Vous vous dites sans doute que cela va s’arrêter là, que le législateur doit forcément vous laisser des « espaces de liberté » où vous pourrez continuer à tousser en paix ? Hélas pour vous, tant que vous n’accepterez pas de comprendre que votre fumée est incommodante et que votre incivisme (fumer en présence d’autrui sans demander si cela gêne, sans demander la permission ni même s’excuser est de l’incivisme), vous n’en aurez pas fini avec des lois de plus en plus restrictives.
La prochaine loi pourrait ressembler à un gag, mais elle me paraît au contraire une étape fort intéressante avant une interdiction pure et simple de fumer en rue. En effet, depuis l’interdiction de fumer au travail, les employés font de fréquentes escales à l’extérieur pour en griller une. La pause café se délocalise sur les trottoirs, sous les immeubles de bureaux, devant les entrées de magasins. Des litières à mégots agrémentent les entrées d’immeubles comme des bénitiers du vice. Je ne parlerai pas du manque de productivité qu’occasionnent vos absences répétées, en plus de vos performances physiques et intellectuelles amoindries par la drogue, cela ne me concerne pas. Par contre, quelle plaie de se déplacer en ville sur ces trottoirs que vous squattez clopes au bec. Vous êtes devenu de loin la première nuisance olfactive des villes, loin devant les odeurs d’échappement, de transpiration, de grillade suspecte, de crotte de chien, d’urine ou de vomi.
Aussi, dans un premier temps, je propose d’appliquer envers les fumeurs le principe du stationnement alterné. Les quinze premiers jours du mois, autorisation de fumer du côté de la rue portant les numéros pairs, les quinze derniers du côté impair… Au moins ainsi, chacun pourra choisir son côté de la rue où marcher sans devoir porter un masque, au propre comme au figuré. Naturellement, ce ne sera qu’un pis-aller avant une interdiction totale de fumer en rue, ce qui règlera aussi le problème des nuisances sur les foires, brocantes et autres manifestations publiques de plein air.
lundi 11 février 2008
Le lourd bilan des biocarburants
La solution qui consiste à consacrer des terres agricoles aux biocarburants ne fait que déplacer le problème : les fermier américains alternaient traditionnellement la culture du maïs avec celle du soja. La demande croissante en éthanol en a convaincu de nombreux de ne plus se consacrer qu'au maïs. Résultat : pour faire face aux besoins de la planète en soja, le Brésil en est devenu le principal exportateur après avoir défriché ce qu'il fallait de forêt pour en organiser la culture.
Le bilan du bioéthanol en termes de CO2 est donc catastrophique. Il faut arrêter de donner des labels écologiques aux voitures appelant ce type de carburant. À moins qu'une solution plus réaliste n'émerge, par exemple par l'utilisation du plancton.
Un autre aspect particulièrement noir des agrobiocarburants est qu'ils font directement concurrence avec l'alimentation, particulièrement dans les pays pauvres. Le marché des aliments de base peut devenir hautement spéculatif : il y a quelques mois, le prix de la tortilla a atteint des sommets au Mexique où il constitue l'essentiel de l'alimentation, déclenchant de très importants mouvements sociaux. C'est que, désormais, le maïs mexicain se vend très bien aux firmes américaines de biocarburants.
De tels effets sont observés alors que les biocarburants ne font que commencer leur percée. Si ceux-ci continuent leur ascention, les instabilités géopolitiques, financières et sociologiques liées au pétrole nous paraîtront bien anodines.
Que nos ressources fossiles soient limitées est une évidence, mais se rabattre sur nos champs et nos forêts en guise de solution est une folie. Les forêts doivent rester les forêts pour le maintien de la biodiversité et la stabilisation du cycle du carbone. Les champs doivent servir à nourrir les hommes.
Sources
www1.umn.edu/umnnews/Feature_Stories/The_dark_side_of_biofuels.html
www.reuters.com/article/bondsNews/idUSN0715309720080207
www.radiohc.cu/espanol/comentarios/mayo07/comentario10mayo.htm
www.liberation.fr/actualite/monde/229270.FR.php
www.ecoportal.net/content/view/full/69023/
jeudi 31 janvier 2008
Code rouge et retournement de la sphère
Et puis, tant que j'y suis, j'ai quand même envie de vous proposer une petite vidéo sur le retournement de la sphère. Quand je parle de retournement, j'entends le mot dans l'acception de ce que l'on fait subir à une chaussette : que la face interne devienne externe et vice-versa.
Vous me direz sans doute qu'il suffit de percer un trou et d'aller chercher la paroi opposée avec un crochet. Sortez de ce gris pragmatisme et rejoignez l'univers acidulé de la topologie. Les topologistes - jamais à court de bonnes blagues - imposent de retourner la sphère de façon continue, c'est-à-dire sans trou ni recollement. Et là, a priori, ça semble impossible. Eh bien non, la preuve en vingt minutes assez denses...
mercredi 2 janvier 2008
1958 - 2008
Pour gaiement célébrer la chose, je vous propose une fantastique petite animation des productions Disney de 58 : Magic Highway USA est une réflexion sur un avenir onirique du réseau routier. Cet prospective n'est pas datée dans le document mais il est probable que les auteurs se soient projetés près d'un demi-siècle dans l'avenir.
Un petit bijou de prospective où les préoccupations esthétiques prennent manifestement le pas sur une réflexion socio-économique. Une époque envisageant l'avenir en dit en fait toujours plus à cet avenir sur elle-même.
Les Belges repenseront sans doute à l'Expo 58 (l'Atomium...) ou à Modeste et Pompon.
Bon appétit!
mardi 25 décembre 2007
Des fêtes, défaites !
La première info du JT fut l’annonce du record de transactions banksys. C’était sans doute ce qu’il y avait eu de plus important ce jour-là ? Des milliers de transactions financières par seconde, félicitations chers consommateurs ! Ce phénomène est d’ailleurs en passe de devenir un challenge récurrent, sorte de téléthon à la gloire du consumérisme le plus primaire.
L’info suivante, censée donner bonne conscience à peu de frais aux acteurs du premier round, concernait des actions de solidarités menées pour soulager quelque peu les démunis, les sans-abris, les exclus, les esseulés et les malades durant cette période de festivités. Une petite larme au passage, ainsi on sait qu’on ne les oublie pas. On ne nous dit pas, évidemment, qu’avec seulement une fraction de ce qui est dépensé en colifichets et en illuminations, ceux-là pourraient bénéficier d’un mieux-être conséquent durant des semaines.
Ensuite, retour à l’info la plus cruciale du jour, la frénésie d’achat. Interview de commerçants, certains encore inquiets, d’autres déjà rassurés, gérant de grandes surfaces, petit commerçant, caissière stressée mais réjouie, préparation des rayons, réassortiment en direct, nettoyage des allées, on s’y croirait, on s’y verrait presque. Tout y passe, du traiteur spécialiste en fruits de mer jusqu’au marchand de paletots pour chien de luxe à sa mémère. Plus tard, on nous explique la tendance de cette année pour la décoration du sapin, cette année ce sont les blancs, l’année dernière c’était le noir, ben oui, faut pas que ça resserve trop vite.
Pauvres sapins ! Cette dévotion annuelle au kitch et au vulgaire rendrait perplexe le plus ouvert des ethnologues. Quant aux illuminations qui, d’année en année, débordent des salons pour envahir façades et jardins, véritables odes au m’as-tu-vu le plus clinquant, c’est à se demander qui sponsorise quoi dans cette affaire.
Non, je ne suis pas un vieux grincheux ! Ce qui m’agace, c’est cet engouement artificiel, cette sorte d’obligation sociale à « faire la fête », cette incitation à acheter, à offrir, à garnir, à consommer, à se comporter selon des codes que beaucoup, au fond de leur âme, n’apprécient pas vraiment. Du moins pas à ce point d’extravagance, ou à ce niveau de dépenses. Trop souvent, l’hypocrisie supplante la bonté dans les cœurs. L’esprit de la fête, ne parlons même pas de celui de Noël, s’est vu détourné par l’Eglise de la consommation.
Mais dans le fond, chacun fait ce qu’il veut ou ce qu’il sait se permettre de faire ! Ce qui ne laisse pas de m’étonner, c’est la faiblesse de toutes ces personnes qui soupirent d’ennui en voyant approcher les dates fatidiques de ces obligations festives, mais qui, par peur de se singulariser, par peur de manquer quelque chose, y participent néanmoins avec la même débauche de moyens et un entier quota d’hypocrisie.
Il manque une date dans le calendrier des innombrables fêtes, anniversaires, commémorations diverses et autres journées de ceci ou cela qui jalonnent notre existence : la fête des rebelles !