jeudi 15 mars 2007

Baudrillard et le corps de Zara

Bien sûr, on peut regretter que le monde soit ce qu'il est. Ce qui revient à dire que l'on préfère le monde auquel on rêve. Et il importe peu, en matière de rêves, de chercher la cohérence. Ceci étant dit, si le décalage entre le monde et nos rêves est trop grand, qu'il nous fait trop mal, le choix se pose : abandonner nos rêves, tenter de changer le monde ou geindre. Je ne vois guère de quatrième option.

Vous le savez, mon amie Zara souffre d'images, d'odeurs et de bruits d'abattoirs. Le cliquetis des chaînes emmenant les bêtes encore vivantes, la mécanique entrant dans la chair, l'industrie transformant l'animal en rations alimentaires qu'on enfourne dans le micro-ondes les soirs de solitude et de labeur.

Notre civilisation est celle de l'image. La viande, le poisson que nous mangeons ne sont plus guère des morceaux identifiables de cadavres. Ils se présentent sous formes de boulettes, de bâtonnets, de croquettes, de purées ou de liquides. L'industrie agro-alimentaire substitue aux carcasses des images lisses et sexy.

Mercredi dernier, Zara Whites est devenue le reflet inversé de cette virtualisation, emballée nue dans une barquette alimentaire sanguinolente devant les files d'attente du Salon de l'agriculture. Un happening justifié par ces mots de Baudrillard :
« L’image est une représentation autre que le réel. C’est un objet précieux quand il rend compte de ce déficit de réalité, quand il est à la fois présence et absence. »


6 commentaires:

  1. Si la mort d'animaux était esthétique, les végétariens s'adonneraient aux joies de la viande ?

    Je croyais naïvement que les végétariens se refusaient la viande car ils voyaient les animaux comme possesseurs d'âme, etc.

    Mais si ce n'est qu'une question d'image...

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  2. Je n'ai pas écrit cela, tobi.

    Je crois que si l'image de la viande animale était moins éloignée de l'image d'un cadavre animal, il y aurait plus de végétariens.

    L'on peut être végétarien pour des raisons très différentes. Et, comme le montrent par exemple les actions de Peta ou de Greenpeace, oui, l'image est très importante dans les processus de prise de conscience.

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  3. Salut,

    Je suis effectivement persuadé que l'industrie agro-alimentaire tente de façonner leur production sur des bases marketing. C'est la raison d'être du colorant almentaire. C'est parfois aussi une nécessité quand le produit n'est pas vraiment présentable, je pense aux viandes reconstituées qui permettent de commercialiser des morceaux de l'animal jusque là inexploitables (des chutes de carcasse quoi!!!).
    Là où je te suis plus, c'est la volonté de cacher le cadavre d'animal derriere une forme plus neutre, moins "violente". Le poisson en est un exemple (mais c'est pas le seul). Un étal de poissonnerie est quand même réputé plus frais donc meilleur pour la santé (je ne débat pas sur les qualités gustatives ou nutritionnelles) dans l'esprit de la plupart des occidentaux (dans les pays en voie de développement un poulet vivant "bicyclette" est plus recherché qu'un poulet "embaumé", pour des raisons évidentes). Je ne crois pas qu'en France on considère l'étal de boucherie comme une morgue pour animaux, et que si la tête de veau que l'on trouvait il y a encore quelques années dans les vitrines frigorifiques ont disparues ce n'est que pour des raisons pratiques.
    Et je pense, au risque de te vexer, que le happening de Zara était justement destiné à faire le lien entre cadavre humain et viande animale. Non entre la viande et le cadavre animal.

    Ceci-dit, je dois préciser que c'est l'avis d'un carnassier amateur de bonne viande rouge. Mais même si je ne partage pas l'avis de Zara, j'admire son engagement.

    Fébronio

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  4. Zara est une personne dont je comprends la démarche, car nous voyons, d'une certaine manière les choses de la même façon. Mais, on ne les regarde pas du même endroit.

    La raison est simple, j'ai travaillé tant de temps dans l'agriculture ou en Industrie Agro Alimentaire pour savoir que la maltraitance ne s'arrête pas aux abattoirs. Toute la chaine alimentaire, qu'elle concerne l'animal, le végétal, ou les gens qui y travaillent est concernée. Pire, même ce qui ne devrait pas passer par une usine de transformation l'est pour des raisons de modernité.

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  5. Pour une fois je suis tout à fait d'accord avec ce que dit Renard Rouge, parce qu'il inclue le VEGETAL que tout le monde semble ignorer!
    Moi si je ne mange pas de viande, c'est que toute vie a le droit d'être, que les animaux ont une âme, souvent plus noble que bon nombre d'humains, et que la cruauté des abattoirs est une raison supplémentaire, car je refuse d'être complice de ces massacres admis par une société dégénérée...

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  6. Ton commentaire est juste ! Notre amie Zara utilise son image pour défendre ses convictions et elle le fait bien ! Bien qu'ami de Zara, je suis également un consommateur de viande. Je reconnais humblement que pour avoir travaillé longtemps dans les élevages, les conditions de vie et d'abattage sont bien souvent indignes !
    Ton blog est excellent ! continue !

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